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Retour sur la 14e journée de la Coordination Nationale TDAH Adultes
5 juin 2026, Ministère de la Santé, Paris
Article rédigé à partir des communications présentées

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si les approches paramédicales ont leur place dans la prise en charge du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Elles en constituent un pilier, en particulier à l’adolescence et à l’âge adulte où la symptomatologie évolue, se complexifie et n’est pas toujours visible au premier coup d’œil.

C’est ce que la 14e journée de la Coordination Nationale TDAH Adultes a rappelé : il ne suffit pas de poser le diagnostic, il faut accompagner sur du plus long terme. Les transitions de vie ratées, les ruptures de parcours professionnelles, les compensations épuisantes, les routines qui s’effondrent. Ce sont ces situations-là où l’ergothérapie et la psychomotricité interviennent.

Cet article est destiné aux professionnels : médecins généralistes, psychiatres, neuropsychologues et paramédicaux, qui cherchent des informations pour mieux structurer leurs orientations et prises en charge.

Évaluation

Le piège de l’invisibilité clinique

Un adulte avec un TDAH peut traverser une journée de travail sans incident apparent, rendre ses dossiers dans les délais, maintenir des relations correctes avec ses collègues, mais rentrer chez lui complètement épuisé, incapable de faire les tâches du quotidien. Ce n’est pas de la fatigue ordinaire, c’est le prix de la compensation. Il s’agit d’un surinvestissement cognitif permanent, un contrôle anxieux des comportements, une vigilance de tous les instants pour paraître à la hauteur, ce qui consomme des ressources que le diagnostic ne révèle pas forcément. Tout cela peut mener au burn-out, comme au bore-out.

Les signaux à repérer en entretien : un épuisement en fin de journée disproportionné par rapport aux exigences du travail, une irritabilité qui croît au fil de la semaine, une rigidification progressive des comportements et ans les antécédents, il est commun de retrouver des arrêts maladie pour burn-out insuffisamment expliqués par des facteurs contextuels.

Les outils : lesquels utiliser, pourquoi et dans quel ordre ?

L’évaluation du TDAH à l’adolescence et à l’âge adulte repose sur une combinaison d’entretiens et de questionnaires. Leur sélection doit être raisonnée : pas systématique, pas en batterie exhaustive par réflexe, mais adaptée à la plainte et au contexte.

Pour la dimension développementale : la DIVA (Diagnostic Interview for ADHD in Adults) reste l’entretien semi-structuré de référence. Elle permet de retracer la précocité des symptômes. Son utilisation implique la sollicitation d’un proche ayant connu le patient dans l’enfance, non pas pourvalider un diagnostic (qui relève du médecin), mais parce que la plupart des adultes TDAH ont des souvenirs d’enfance parcellaires et que les biais de mémorisation sont importants.

Pour le retentissement exécutif au quotidien : la BRIEF-A (Behavior Rating Inventory of Executive Function, adultes) et la BRIEF (adolescents) permettent de quantifier ce que la personne vit réellement dans son fonctionnement.

Pour l’attention sélective : le d2-R offre une mesure normée, objective, valide jusqu’à 65 ans. Il ne se substitue pas à l’entretien clinique, mais il objective parfois des difficultés que le patient ne parvient pas toujours à formuler.

Pour le dépistage des comorbidités motrices : le MABC-3 (Movement Assessment Battery for Children) pour les jeunes adultes jusqu’à 23 ans, permet de mettre en évidence un TDC, fréquemment comorbide au TDAH et souvent non recherché. Un adulte qui évite le sport, qui se sent maladroit sans pouvoir l’expliquer ou qui présente une fatigabilité mérite qu’on investigue cette piste. Toutefois, un TDC peut facilement être confondu avec un TDAH.

Pour le traitement sensoriel : le Profil Sensoriel Adulte jusqu’à 35 ans, explore les particularités de traitement de l’information sensorielle. Hyperréactivité au bruit, inconfort face aux textures, difficultés à filtrer les stimuli visuels dans un open space : ces éléments ont des répercussions directes sur le fonctionnement professionnel et social et passent souvent sous le radar. Ce sont pourtant des symptômes très présents chez les personnes ayant un TDAH.

Les femmes sont encore sous-évaluées

Chez les femmes adultes, la symptomatologie du TDAH est modulée de façon significative par les variations hormonales. C’est d’ailleurs loin d’être anecdotique. C’est une donnée clinique qui peut changer les évaluations et le diagnostic différentiel.

Ce qu’il faut documenter systématiquement : les variations de la symptomatologie selon les phases du cycle menstruel, avec souvent une aggravation nette en phase prémenstruelle, les modifications survenues en post-partum, période à haut risque de décompensation et l’évolution des symptômes à la ménopause, qui peut transformer un tableau clinique longtemps compensé en véritable effondrement.

Ces fluctuations expliquent des tableaux cliniques variables, parfois interprétés à tort comme des troubles anxieux chroniques.

L’hétéroévaluation : nécessaire, pas une option

Pour tout adulte en cours d’évaluation, l’implication d’un parent ou d’un proche ayant connu le patient dans l’enfance n’est pas facultative, c’est cliniquement nécessaire. Les stratégies de compensation développées depuis l’adolescence brouillent la perception que l’adulte a de ses propres difficultés passées. Beaucoup de personnes ayant un TDAH rapportent une enfance « normale » parce qu’ils ont oublié ou minimisé les réalités que leurs parents se rappellent parfois parfaitement (bien qu’ils puissent s’opposer d’abord à la reconnaissance du diagnostic).

Transitions de vie

L’université : la zone rouge

L’entrée dans l’enseignement supérieur, c’est le moment où le carcan du lycée disparaît : emploi du temps imposé, présence parentale plus sporadique, encadrement pédagogique moins important… Ce nouvel environnement exige des capacités qui sont souvent altérées chez les personnes concernées par un TDAH : la planification, l’initiation des tâches, la gestion attentionnelle durant les cours magistraux, etc.

Seuls 2,2 % des étudiants sont officiellement identifiés en situation de handicap dans l’enseignement supérieur. Ce chiffre ne reflète pas une faible prévalence, mais un non-recours massif à la reconnaissance du statut de handicap, nourri par la méconnaissance des droits, la stigmatisation et souvent un épuisement administratif qui décourage de mener les démarches.

Plusieurs dynamiques se combinent et aggravent la situation. La première est le déséquilibre occupationnel : pour compenser leurs difficultés académiques, ces étudiants sacrifient systématiquement ce qui leur permettrait de tenir : le sommeil, une alimentation correcte, des loisirs, une vie sociale, etc. La deuxième est la compensation : se débattre avec ses difficultés pour s’intégrer dans un environnement normatif coûte une énergie cognitive considérable. Et la troisième, moins souvent nommée, ce sont les violences structurelles : ces étudiants sont contraints de se justifier, de rouvrir leur dossier médical, d’exposer des éléments intimes de leur parcours à chaque semestre pour obtenir des aménagements auxquels ils ont pourtant droit. Cela n’est pas sans impact sur la santé mentale.

Face à ces enjeux, l’intervention ergothérapique ne se limite pas à prescrire un ordinateur et un tiers-temps. Elle vise d’abord à restaurer un équilibre occupationnel, à soutenir l’autodétermination de l’étudiant, à l’aider à identifier ses propres besoins et à les porter, avec ses mots à lui et sans honte. L’approche Occupational Performance Coaching (OPC) est particulièrement bien adaptée à cela. L’adaptation de l’environnement de travail personnel de l’étudiant prime sur la prescription d’outils standardisés : deux étudiants avec un TDAH et un profil diagnostique identique peuvent avoir des besoins d’aménagement très différents.

Emploi : les aménagements qui ont du sens, dans la vraie vie

Ce que le TDAH coûte professionnellement

Le TDAH a des conséquences sur l’emploi souvent sévères : perte de productivité, fort taux d’absentéisme, instabilité professionnelle chronique. Le diagnostic survient fréquemment après un arrêt maladie prolongé, parfois le deuxième ou le troisième.

Pourtant, seulement 2,5 % des travailleurs avec un TDAH bénéficient d’une Reconnaissance Qualité Travailleur Handicapé (RQTH). C’est peu pour un dispositif qui est l’un des leviers les plus sécurisés d’un maintien en emploi durable. Ce faible taux traduit sans doute à la fois la difficulté de mener la démarche, et une résistance psychologique au terme « handicap », que l’accompagnement aider à lever. Conseil : aborder la RQTH dès les premières séances, non comme une étiquette mais comme un outil protecteur.

Ce que l’ergothérapie peut changer concrètement

L’intervention part toujours d’une analyse réelle des exigences du poste et des stresseurs environnementaux, et non d’un catalogue d’aménagements préfabriqués. En pratique, voici comment cela se traduit :

Sur l’environnement sensoriel : en open space, la distractibilité auditive est l’une des sources d’épuisement les plus importantes pour un adulte avec un TDAH. Un casque antibruit à réduction active peut transformer radicalement sa capacité de travail. C’est une prescription simple, peu coûteuse, et souvent plus efficace que des réorganisations plus complexes. À domicile, le télétravail expose à un autre problème : l’environnement chaotique. Il faut appliquer la règle des trois gestes : tout objet qui nécessite plus de trois manipulations pour être rangé ou retrouvé est mal positionné. Ce principe d’organisation qui réduit la charge cognitive liée au désordre visuel, très fréquent chez les adultes TDAH, peut s’enseigner en séance.

Sur l’hyperfocalisation : une caractéristique du TDAH qui peut être un atout professionnel lorsqu’elle est canalisée. Fragmenter la journée en multiples micro-tâches est épuisant et contre-productif pour un cerveau avec un TDAH. Mieux vaut proposer une organisation par semaines thématiques : une semaine concentrée sur un projet, une autre sur un autre type d’activité. Cette structuration exploite la capacité d’immersion plutôt que de la combattre.

Sur la durée de l’accompagnement : les routines professionnelles nécessitent souvent plus de six mois pour s’ancrer chez un adulte ayant un TDAH. C’est un élément clinique essentiel à communiquer aux employeurs et aux médecins du travail : les changements ne sont pas visibles à deux semaines. Un accompagnement au long cours est justifié, doit être documenté, et n’est pas le signe d’une prise en charge inefficace.

Sur les conduites à risque : l’ennui professionnel et le manque de sens dans les tâches répétitives génèrent des comportements de stimulation substitutive, comme la consommation excessive de caféine, l’usage de substances, etc. Il faut anticiper ces situations en identifiant les tâches génératrices d’ennui, en proposant des pauses actives, en limitant le nombre de responsabilités simultanées, et en mettant en place un jour de télétravail pour la récupération cognitive.

Parentalité et TDAH : quel programme

Un angle mort longtemps ignoré

Beaucoup de parents d’un enfant ayant un TDAH présentent eux-mêmes le trouble. Ce chiffre a une conséquence directe sur les choix thérapeutiques. Les programmes de guidance parentale classiques (le modèle Barkley par exemple) reposent sur une rigueur exécutive précisément là où le TDAH fait défaut. Planification des interventions, régularité des routines, suivi de protocoles structurés sur plusieurs semaines : orienter un parent TDAH vers un programmes d’entraînement aux habiletés parentales (PEHP) standard, sans tenir compte de ses déficits exécutifs, c’est le mettre en situation d’échec prévisible et aggraver une culpabilité parentale déjà présente.

Le programme IPSA : une réponse construite pour eux

Le programme IPSA a été développé pour les parents présentant un TDAH. Il se déroule sur 14 séances, en alternant formats individuels et de groupe, animé par des ergothérapeutes et psychologues.

Sa règle d’or est aussi simple que difficile à tenir dans la pratique : ne cibler qu’une seule problématique et un seul objectif par semaine. Cette contrainte délibérée est thérapeutique. Elle réduit la charge cognitive du parent, empêche l’éparpillement et permet de créer des automatismes progressifs sans saturer une mémoire de travail déjà sous pression.

En complément, l’approche métacognitive COGFUN aide les parents à identifier leurs propres stratégies fonctionnelles, comme la verbalisation à voix haute de leurs actions, pour les rendre conscientes, modélisables et transmissibles à leurs enfants. Ce qui est spontané chez un parent neurotypique doit être rendu explicite et délibéré. Il s’agit d’une compétence à développer.

Un point pratique : lorsqu’un enfant TDAH est adressé en ergothérapie ou en psychomotricité, il faut évaluer le fonctionnement parental. Si un parent est suspecté de présenter lui-même le trouble, il est important de l’orienter vers un bilan diagnostique. Si le diagnostic est confirmé, il vaut mieux orienter le parent vers IPSA plutôt que vers une guidance standard.

Thérapies de groupe

Pourquoi le groupe ?

Les thérapies de groupe pour adultes et étudiants ayant un TDAH s’appuient sur un mécanisme qu’on sous-estime : l’effet de la pair-aidance. Partager ses difficultés avec des personnes qui vivent exactement les mêmes situations réduit l’autocritique. Entendre quelqu’un d’autre décrire son propre chaos, ses retards, ses oublis chroniques, sa honte face à des choses qui paraissent simples pour tout le monde : cela a une valeur thérapeutique que ni la psychoéducation individuelle ni la pharmacologie ne peuvent reproduire.

Les données disponibles confirment cette efficacité : les évaluations avant et après les thérapies de groupe montrent une amélioration statistiquement significative sur le retentissement fonctionnel (échelle FIRS, Functional Impairment Rating Scale), les fonctions exécutives (BRIEF-A) et la qualité de vie spécifique (AAQoL, Adult ADHD Quality of Life), avec des tailles d’effet modérées.

Recommandations du protocole

Le rythme : neuf séances hebdomadaires d’1h30 couvrant psychoéducation, planification, gestion des distractions, impulsivité et régulation émotionnelle.L’espacement bimensuel ne fonctionne pas car il dilue la motivation, réduit l’accomplissement des missions entre les séances, et allonge inutilement la durée du programme sans bénéfice clinique démontré. 

Les objectifs : dès la 1re séance, chaque participant définit ses propres objectifs, mais pas n’importe lesquels : des objectifs « SMART » concrets, réalistes, temporellement délimités : « répondre à moins de 2 messages non urgents par semaine », « limiter mes retards à 5 minutes maximum », « préparer mon agenda chaque dimanche soir avant 20h », « ne pas oublier mes lunettes en sortant de chez moi ». C’est ce qui rend l’objectif atteignable. Un objectif vague (ex : « mieux m’organiser ») est un objectif qui ne sera pas atteint.

Les contre-indications temporaires : certains profils ne sont pas compatibles avec le format groupe, au moins dans un premier temps. Une dépression sévère (l’énergie disponible est insuffisante pour bénéficier du groupe), une anxiété sociale trop présente (le groupe peut constituer une source de stress qui contre-indique l’approche), et des addictions actives (elles faussent le système de récompense et compromettent l’apprentissage de nouvelles stratégies) peuvent rendre difficile le suivi d’une telle thérapie. Il faut systématiser un screening rapide : PHQ-9 (Patient Health Questionnaire) pour la dépression, LSAS (Liebowitz Social Anxiety Scale) pour l’anxiété sociale, avant toute intégration à un groupe.

Activité physique : un levier neurobiologique

Ce que le sport fait au cerveau ayant un TDAH

L’activité physique régulière dans la prise en charge du TDAH est une intervention thérapeutique avec un mécanisme d’action neurobiologique documenté. Les exercices aérobiques et de coordination à intensité modérée augmentent la production de dopamine et de noradrénaline, mimant partiellement l’effet des traitements pharmacologiques. Cela améliore la connectivité fronto-pariétale, réduit le cortisol, et améliore la mémoire de travail, l’inhibition et la flexibilité cognitive. Les temps de réponse s’améliorent et la résistance au stress augmente. Ces bénéfices restent de courte durée, il faut donc une pratique régulière.

Tous les sports ne se valent pas

Le footing quotidien à rythme constant sur un tapis roulant n’a pas les mêmes effets sur les fonctions exécutives qu’un match de badminton ou une séance d’arts martiaux. Les sports nécessitant planification, attention et flexibilité (ex. : sports d’opposition comme le tennis, l’escrime ou les sports de combat), les sports collectifs (ex. : handball, basket ou football), sont significativement plus efficaces sur les fonctions exécutives que les activités purement répétitives. La raison : ils recrutent activement les fonctions exécutives dans un contexte naturellement motivant, avec un adversaire, une équipe, et des décisions rapides à prendre.

Lors de la prescription d’activité physique, ne pas se contenter de recommander « du sport ». Il faut orienter vers des pratiques spécifiques, en expliquant pourquoi elles sont choisies plutôt que d’autres.

La question du timing

Le réflexe le plus courant est de placer l’activité physique en fin de journée, comme soupape de décompression. C’est compréhensible, mais c’est par là même passer à côté du bénéfice cognitif principal.

Placer l’activité physique avant les tâches cognitives complexes (ex. : les révisions, les réunions importantes ou avant un cours difficile), c’est exploiter l’effet de « préparation cérébrale » : augmentation du débit sanguin cérébral, modulation des neurotransmetteurs, amélioration de la disponibilité attentionnelle qui persiste plusieurs heures après l’effort.

Pour les étudiants, intégrer une séance de sport matinale dans le cadre d’un programme d’accompagnement structuré peut améliorer les performances académiques de façon mesurable. Pour les établissements scolaires : l’EPS en début de matinée avant les matières fondamentales est un investissement neurobiologique. Ce message mérite d’être porté auprès des équipes enseignantes et des directions d’établissement.

Ergothérapie ou psychomotricité : comment orienter ?

L’une des questions les plus fréquentes que posent les médecins est celle de l’orientation : ergothérapie ou psychomotricité ? Ce n’est pas une question de hiérarchie entre les deux disciplines, car elles partagent un socle commun solide (individualisation des soins, psychoéducation, travail sur les fonctions exécutives) et se complètent bien davantage qu’elles ne se concurrencent. La question est plutôt : par quelle porte entrer ? La réponse n’est pas dans le profil diagnostique. Elle est dans la nature de la plainte fonctionnelle initiale.

Orienter vers l’ergothérapie

Quand la plainte cible le rendement et l’équilibre occupationnel : des ruptures de performance dans les rôles sociaux et professionnels, une désorganisation majeure dans les routines de vie (ex. : domicile, études, emploi), une difficulté à concilier ses différents rôles (travailleur, parent, conjoint), un besoin d’adaptation de l’environnement matériel ou numérique, ou un maintien en emploi menacé nécessitant un travail avec l’entreprise.

L’ergothérapeute adopte une approche top-down, partant des objectifs de vie du patient et de son environnement réel. Les modèles PEO (Personne-Environnement-Occupation) et MCPO (Modèle Canadien de la Participation Occupationnelle) structurent cette démarche.

Orienter vers la psychomotricité

Quand le trouble s’exprime prioritairement par le corps et la dysrégulation émotionnelle : agitation motrice persistante, hyperréactivité sensorielle, difficulté à identifier les signaux corporels d’escalade émotionnelle avant qu’ils ne deviennent incontrôlables, comorbidités neurodéveloppementales motrices (dyspraxie, maladresse, difficultés de coordination), ou besoin de mobiliser l’activité physique comme modulateur cognitif dans le cadre d’un suivi structuré.

Le psychomotricien travaille à l’intersection des sphères motrice, cognitive et psychoaffective. L’un des apports les plus spécifiques de la psychomotricité dans le TDAH de l’adulte est l’apprentissage de l’identification de l’escalade émotionnelle via les signaux toniques (apprendre à sentir la tension monter dans son corps avant qu’elle n’atteigne le point de rupture). C’est un travail qui ne peut pas se faire uniquement par la parole.

Point pratique

Dans de nombreuses régions, les délais d’attente en centre médico-psychologique (CMP) sont de 2 à 3 ans. Dans ce contexte, les professionnels paramédicaux se retrouvent fréquemment en 1re ligne, parfois consultés bien avant qu’un diagnostic ne soit posé. Il est donc essentiel que chaque professionnel paramédical sache identifier les signaux qui nécessitent une orientation rapide : souffrance psychologique, risque suicidaire, addictions actives, épisode dépressif caractérisé, etc. Ces situations ne relèvent pas de l’attente, elles appellent une action médicale immédiate. 

Conclusion

La 14e journée de la CN-TDAH a mis en évidence qu’on ne traite/n’accompagne pas le TDAH dans un cabinet, mais dans la vie des personnes.

L’ergothérapie et la psychomotricité apportent une dimension que ni la pharmacologie ni la psychothérapie seules ne peuvent couvrir. Elles agissent sur le poste de travail, à l’université, au domicile, sur le corps, et les transitions de vie. Elles transforment des situations d’échec répétés en trajectoires qui vont tenir dans le temps.

L’enjeu est de fluidifier les orientations et de construire des protocoles coordonnés, pour que chaque patient bénéficie de l’intervention la plus adaptée, au bon moment de son parcours.